mai
18
2011

Un congé pour obliger le père à pouponner ?

Sur le marché du travail, la maternité est souvent un facteur discriminant. Un long congé paternité obligatoire est-il la solution pour compenser ?

Elodie s’en souvient encore : « Lors d’un entretien, un employeur avait refusé de m’embaucher car il était écrit sur mon CV : «  25 ans et mariée ». Pour lui, qui disait mariage, disait maternité ensuite…  Aujourd’hui, Elodie attend son deuxième enfant. Et voit d’un bon œil la dernière proposition de Laurence Parisot. Dans une interview accordée au magazine Elle, la présidente du MEDEF propose l’instauration d’un congé paternité obligatoire. Objectif ? Changer la mentalité de certains employeurs qui anticipent les risques d’absence des femmes en raison de leur potentielle grossesse. Cette mesure « permettrait de rétablir un regard plus égalitaire sur les jeunes parents », avance Laurence Parisot.  

Instauré en 2002, le congé paternité donne actuellement la possibilité aux pères de prendre onze jours de congés (dix-huit en cas de naissances multiples). Lesquels s’ajoutent aux trois jours d’absence accordés par le Code du travail à l’occasion d’une naissance. Ce congé est soumis au même régime que le congé maternité. Il entraîne une suspension du contrat de travail, et donne lieu à la perception d’indemnités journalières versées par les caisses d’assurance maladie.

Un père sur trois ne prend pas le congé

« Onze jours de congé paternité, c’est un bon compromis, note Elodie. L’employeur n’est pas trop longtemps pénalisé et cela permet au père de prendre le temps de mieux connaître son bébé. » Encore faut-il prendre son congé. Un rapport publié en 2005 par la Direction de la recherche des études de l’évaluation et des statistiques (Drees) souligne que seuls deux pères sur trois prennent ce congé. C’est pour les cadres et les professions libérales que le taux de recours au congé paternité est le plus faible. 18% des pères qui ne le prennent pas l’expliquent par une perte de salaire jugée non acceptable. Ce non recours au congé paternité serait aussi liée à l’implication et aux contraintes professionnelles. 25% des pères n’ayant pas pris leur congé paternité indiquent que leurs obligations professionnelles ne leur permettaient pas de s’absenter. 17% citent l’impossibilité de se faire remplacer. 

« C’est bien dommage de ne pas le prendre », estime Carine. Cette jeune maman de 25 ans a accouché il y a seulement cinq semaines. Son compagnon avait pris le congé paternel de onze jours. « C’est trop court, regrette Carine. C’est important d’avoir le soutien du papa quand la maman rentre de l’hôpital à la maison. Une nouvelle vie commence à trois ! »  

« Des vacances supplémentaires ! »

Alors faut-il rendre obligatoire le congé paternel ? « Je ne pense pas que ce soit nécessaire, répond Tanguy. Bien que le congé paternité soit récent, il est déjà reconnu comme un droit du salarié vis-à-vis de l’employeur. Laissons-lui encore le temps de rentrer profondément dans le fonctionnement des entreprises ». Ce cadre de 34 ans vient d’avoir son troisième enfant. Il va prendre ses onze jours de congés en décalé afin de partir en vacances cet été en famille : « Ces congés s’assimilent donc, à mes yeux, davantage à des vacances supplémentaires ! » Et d’ajouter : « Bon nombre de salariés bénéficient déjà de nombreux avantages en terme de congés. Ce qui peut justifier le fait qu’un salarié ne prenne pas de congé paternité et utilise ses jours de RTT pour s’occuper du nouveau né… » Le fait de ne pas prendre le congé paternité permet d’éviter un manque à gagner pour les salariés du privé dont le salaire excède le plafond de 2 000 euros de la sécurité sociale.

Pour l’instant, le gouvernement s’est montré favorable au congé paternité obligatoire. Pour la ministre  Roselyne Bachelot, un congé obligatoire permettrait de « casser la discrimination qui sévit dans l’entreprise et un stéréotype : les hommes sont aussi capables de s’occuper de leurs enfants. » 

Hugues-Olivier Dumez

Au sujet de l'Auteur: Hugues-Olivier Dumez

3 Commentaires + Commenter

  • Un congé paternité, ce n’est pas pour que le père passe davantage de vacances…
    mais sinon, je suis pour l’obligation d’un congé paternité. Si cela peut réduire les inégalités entre hommes et femmes dans le monde de l’entreprise !

    • Perso, je trouve qu’il faut arrêter de créer des obligations partout. Un congé paternité obligatoire, c’est encore un truc pour casser la compétivité de nos entreprises…

  • Je rejoints l’avis de Carine. C’est important d’avoir le soutien du père quand la femme rentre de maternité.Et puis onze jours de congé paternité, c’est bien… mais c’est encore trop court. Surtout il faudrait l’imposer aux hommes !

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